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A l’heure de la globalisation, la revue américaine «Sh’ma» fait honneur aux communautés juives du monde, par Eve Gani


Dimanche 9 Mai 2010

Créé en 2009, la revue américaine “Sh’ma” (« écoute », en hébreu) compte parmi ses partenaires et ses lecteurs des leaders communautaires, des centres d’études universitaires, des fondations et des écoles rabbiniques aux Etats-Unis.




Créé en 2009, la revue américaine “Sh’ma” (« écoute », en hébreu) compte parmi ses partenaires et ses lecteurs des leaders communautaires, des centres d’études universitaires, des fondations et des écoles rabbiniques aux Etats-Unis. Son objectif : interroger l’actualité à partir de l’éthique juive. Les contributeurs de cette revue avaient déjà abordé la géopolitique avec l’Iran, ou encore le sujet houleux de la législation sur l’armement. En avril 2010, à la suite des échanges tendus entre l’administration de Barack Obama et le gouvernement de Benjamin Netanyahou, « Sh’ma » avait consacré un numéro spécial sur le soutien des juifs américains à Israël, sa signification et plus généralement la question des « loyautés » transnationales.

“Sh’ma” consacre en mai 2010 un numéro spécial sur la diversité des communautés juives à travers le monde, écoutant les voix de leaders anglais, russes, français, nord-américains, mexicains ou encore israéliens. La revue met en valeur les forces créatrices des communautés juives en diaspora, sans verser dans un discours antisioniste (anachronique), ni censurer la question du « centre » et de la « périphérie ». « Shm’a » ouvre le public juif américain vers l’horizon contemporain et global : « Bien entendu, les Etats-Unis et Israël restent les sphères dominantes de la vie juive, mais elles sont loin de constituer toute l’histoire ».

Parmi les contributeurs, Joshua Ellison, éditeur à New York, a rappelé que le mot « diaspora », veut dire en grec, « disperser ». Mais ce concept rentre en résonnance avec le nom hébraïque, « ivri », « traverser » : traversée des frontières, habilité à se projeter au-delà des limites apparentes. Aller au-delà de l’existant, c’est ce qui fait, pour Jonathan Boyd, directeur exécutif de la très sérieuse think tank anglaise JPR, le fondement du renouveau de la communauté juive anglaise.

«La créativité par la critique », voilà le procédé qui permet aux juifs anglais d’oser penser des projets qui correspondent à leur époque: développement de l’étude avec Limmoud, ouverture de synagogues dans des espaces plus informels que les bâtisses froides. « La critique est la force invisible derrière l’innovation », souligne Jonathan Boyd. Lisa Capelouto, juive anglaise, explique également : « Le Jewish Chronicle, la « voix » de la communauté juive britannique, publie chaque semaine des titres indiquant qu’augmentent l’antisémitisme et des clashes sur les campus en Israël. Même si ces nouvelles nous posent des questions et nous inquiètent, nos vies juives continuent à croître en richesse et en diversité. Les juifs britanniques doivent être la minorité la plus intégrée dans la Grande-Bretagne multiculturelle ».

Kamil Kijek, universitaire juif polonais, et Masha Goldman, qui vit à Moscou, évoquent quant à eux le volontarisme qui a permis aux juifs de reconstruire une communauté juive vivante en Europe de l’Est, après la chute de l’ancien régime communiste.

Pour la communauté juive de France, la revue « Sh’ma » a demandé à Eve Gani, chargée de développement au CRIF, de parler de son identité, et de la manière dont cette identité avait informé son engagement professionnel au bénéfice de la communauté juive de France. Eve a abordé des thèmes peu évoqués dans l’agenda communautaire français et pourtant si politiques : l’hybridité culturelle, la signification possible de la participation des jeunes juifs à des nouvelles activités juives non confessionnelles et la question de l’implication des femmes dans les institutions représentatives.

Reproduit de Sh’ma, Mai 2010 :

« Mon identité juive est assez complexe. Pour simplifier, je suis une juive grecque qui a grandi comme « une enfant de culture tierce » (Third-culture child) au Maroc. Mon identité comprend donc l’histoire des juifs grecs, la culture et la politique francophone et l’environnement culturel du Maroc, qui a nourri ma curiosité et ma sensibilité aux musulmans.

Professionnellement, je suis une observatrice des tendances communautaires et la chargée du développement du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France. Du fait de mon « background » inusuel, j’apporte une certaine créativité aux méthodes d’une organisation qui comprend plus de 62 associations.

La communauté juive française qui comprend 600 000 juifs est souvent décrite avec des marqueurs d’oppositions simplificateurs : « la tendance ashkénaze à l’assimilation » contre « la vitalité juive sépharade et fière ». En fait, l’homogénéité socioculturelle est, dans la communauté juive française, plus grande que 30 ans auparavant, et une histoire juive française s’est formée par les valeurs républicaines et la reconnaissance nationale de la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation des juifs de France.

Cependant, un nouveau “schisme” dans l’identité juive française – qui est moins de nature “ethnique” que “politique”, pourrait émerger. Historiquement, le modèle de l’identité française propose un récit national pour tous : l’histoire du peuple français dans la sphère publique, et une séparation entre une sphère publique et une sphère privée, au sein de laquelle la foi et la différence peuvent s’exprimer. Or, aujourd’hui, on observe que l’auto-identification à l’histoire juive « globale » est plus affirmée et par ailleurs, on note une croissance dans la pratique religieuse. Les juifs de France ont aussi parfois le sentiment d’être pris à parti en tant que minorité, avec une histoire spécifique et un lien spécifique à Israël ou autres communautés juives du monde par exemple, et parfois ils se sentent simplement considéré comme un « groupe religieux » qui ne peut exister que dans l’intimité synagogale. Cette tension dans la classification n’est pas résolue, mais il est intéressant d’observer la façon dont les jeunes juifs s’engagent dans les programmes de protection de la communauté qui créé un sentiment d’appartenance à un « peuple ». Par ailleurs, des jeunes juifs sont plus à même de se porter volontaire pour des missions humanitaires internationales en se réclamant ouvertement de l’expérience historique du peuple juif; la génération antérieure aurait été plus encline à participer à des missions humanitaires sur la base de principes universels seulement.

En 2010, les femmes sont encore sous-représentées au sein des institutions juives; seulement une femme au bureau exécutif du CRIF. Avec leur accès progressif au « leadership » au sein des institutions communautaires juives, leur « double identification», en tant que femme, et en tant que juive, changeront vraisemblablement la communauté juive actuelle, autant dans la sphère publique, que dans la sphère privée. Les femmes pourraient nourrir un dialogue intéressant entre femmes juives et femmes musulmanes, qui s’efforcent toutes deux de comprendre, avec respect, les limites de la tradition et comment la tradition affecte leur condition dans des sociétés libérales. »

Titre original : « On the Street and in the Home : French Jews » - www.shmadigital.com






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