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Plaidoyer pour l'histoire : les terminales scientifiques visiteront-elles Auschwitz en option ?


Jeudi 17 Décembre 2009




Plaidoyer pour l'histoire : les terminales scientifiques visiteront-elles Auschwitz en option ?
Quelle signification donner à la loi sur la réforme de l’histoire en terminale scientifique ? Un débat agité alors que tous s’accordent à reconnaître les nécessités des repères dans un monde rempli d’incertitudes. Et parfois tenté, rappelle l’éditorialiste Jean-Luc Vannier, d’oublier les leçons de cette histoire.

A contre-courant des urgences de notre époque et des nécessités imposées par l’avenir, la réforme sur l’enseignement de l’histoire au lycée semble d’autant plus incompréhensible que sa présentation en trompe-l’œil fausse les débats : derrière l’apparente querelle sur la place et la répartition des horaires entre première et terminale se profile une tentative de se débarrasser en catimini d’une discipline, tout simplement accusée, si l’on en croit Richard Descoings (Le Monde du 10 décembre 2009), de retarder la progression des futurs bacheliers scientifiques. On a bien du mal à suivre sur ce point l’argumentaire « rationnel » du directeur de Sciences-Po : faut-il réellement imputer aux heures d’histoire la « fuite des cerveaux hors des formations scientifiques » ? L’histoire est-elle responsable du « manque d’appétence intellectuelle des nouvelles générations pour la mathématique » ? Ne prenons pas le symptôme pour la cause !

Etrange mise à l’index d’une matière qui aide pourtant à la compréhension du monde lorsque les autres sciences se dérobent : alors que l’économie s’effondre et plonge ses experts dans des abîmes de perplexité, que le droit international, amputé de sa force, semble trahir ses promesses, que la politique évite soigneusement de croiser la route de l’éthique, félicitons nous, pour rendre hommage à ses maîtres en Sorbonne, qu’elle seule, intangible dans sa cruauté, fidèle à ses heures glorieuses, l’histoire demeure !

A ceux qui seraient tentés de la rabaisser au rang d’un savoir indigeste, susceptible d’être distraitement évacué « en fin de première » par un examen, il convient de rappeler, pour plagier Platon, que l’histoire peut revendiquer le statut d’une « connaissance vraie », véhiculée par l’émotion et à même de nourrir, à l’image de la littérature ou de la philosophie, la réflexion humaine tout au long d’une existence. Alors que le président de la république lui-même relève, dans sa tribune sur l’identité nationale, « le besoin d’ancrage et de repères », que le « devoir de mémoire » invoqué en outre par l’Elysée peut seul venir à bout du péril croissant des intolérances, que la désaffiliation menace de rompre le fragile lien sociétal, n’appartient-il pas à l’histoire de diffuser, au travers des analyses d’un passé, celui où tout être humain puise pour s’enrichir de l’expérience de ses ancêtres, cette charge affective doublée d’une prégnance identitaire contenues dans ses symboles ? Loin d’enfermer, de contraindre l’avenir, la lecture historique ouvre et décuple l’intelligibilité du monde. A condition de « sortir de la myopie des démocraties », obsédées par des « politiques d’immédiateté » et de « court-termisme », comme l’explique dans un article récent Pierre Rosanvallon (Le Monde du 8 décembre 2009) qui propose la « création d’une Académie du futur » pour réfléchir aux conséquences des changements climatiques.

Alors que les générations actuelles d’étudiants, nées après la chute du mur de Berlin, regardent déjà la guerre froide comme un thriller télévisé et tiennent les atrocités de la seconde guerre mondiale pour un de ces « malheurs ordinaires » que l’homme « civilisé » sait réserver à ses semblables, la conscience de l’épaisseur du temps à laquelle fait référence le professeur au Collège de France, apparaît comme un remède efficace à la désymbolisation du monde.

Au moment où toutes les écoles supérieures de commerce réintègrent, à la demande des étudiants, l’histoire sous la forme de séminaires éclairant les incertitudes géopolitiques du monde contemporain, il n’est pas inutile de rappeler - grâce à l’histoire ! - ce qu’il advint de scientifiques animés du seul souci de la performance par une idéologie qui prônait la « neutralité et la pureté de la science » : une science clivée du réel, maintenue hors du temps. Un leurre pour quelques-uns. Une abomination pour tous les autres.

Jean-Luc Vannier (éditorial publié sur le site Internet de Nice Premium, le 14 décembre 2009)

Photo (Jean-Luc Vannier) : D.R.






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